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La Java des Bons-Enfants
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La Java des Bons-Enfants est une chanson anarchiste et situationniste publiée par Guy Debord (paroles) et Francis Lemmonnier (musique) en 1974. Chanson figurant en 1974cite-ref-1[1] dans le disque Pour en finir avec le travail. Chansons du prolétariat révolutionnaire chez RCA elle fut attribuée par détournement situationniste à Raymond Callemin, dit Raymond la Science, célèbre membre de la bande à Bonnot, la réédition de l'album chez EMP crédite la chanson aux vrais auteurscite-ref-2[2].

Debord y fait une reprise de l'héritage historique de l'anarchisme en y abordant la période de l'Ère des attentats (1892-1894), en particulier de l'attentat de Carmaux-Bons Enfants par Émile Henry et Adrienne Chailliey.

Contents


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Histoire

Contexte

Au XIXe siècle, l'anarchisme naît et se constitue en Europe avant de se propagercite-ref-jourdain201313-15-3-0[3]. Les anarchistes défendent la lutte contre toutes formes de domination perçues comme injustes, en premier lieu la domination économique, avec le développement du capitalismecite-ref-jourdain201313-15-3-1[3]. Ils sont particulièrement opposés à l'État, vu comme l'organisation permettant d'entériner ces dominations au travers de sa police, son armée et sa propagandecite-ref-ward200426-33-4-0[4]. Pendant l'Ère des attentats (1892-1894), une partie des anarchistes entre en conflit violent avec l'État français et en vient à utiliser des méthodes terroristes pour lutter contre la répression qu'ils subissentcite-ref-bouhey2009219-220-5-0[5]. L'un de ces attentats, mené par Émile Henry et possiblement Adrienne Chaillieycite-ref-bouhey2009285-292-6-0[6], l'attentat de Carmaux-Bons Enfants, tue quatre policiers et un civilcite-ref-7[7].

Les anarchistes ont une longue histoire en France recouvrant diverses périodes, mais au milieu du XXe siècle, la Fédération anarchiste (FA) est orientée par Maurice Joyeux et ses proches, qui sont très suspicieux et hostiles à une quelconque possible infiltration de la part des marxistes au sein de l'organisation anarchistecite-ref-angaut202211-21-8-0[8]. Ce contrôle de la part de Joyeux et d'autres militants de sa génération provoque un grave conflit vis-à-vis de militants plus jeunes, en particulier Guy Debord, qui considère que la Fédération anarchiste est tenue par des « archéo-anarchistes de bureau de tabac » fixés dans le passé et qu'au lieu de sans cesse répéter et transmettre des idées dépassées, les anarchistes devraient plutôt s'attacher au monde dans lequel ils vivent, et proposer de nouvelles théories pour y répondre, même si celles-ci pourraient provenir du marxismecite-ref-angaut202211-21-8-1[8].

Cette situation provoque une rupture entre Debord et la Fédération anarchiste ; dans La Société du Spectacle, par dérivé de ces conflits, Debord s'attaque à l'anarchisme comme d'une idéalisation et abstraction de la révolutioncite-ref-angaut202211-21-8-2[8]. Pourtant, dans les années qui suivent la fin de l'Internationale situationniste, le militant se rapproche progressivement de nouveau de l'héritage anarchiste, qu'il commence à réhabiliter et réutilisercite-ref-angaut202211-21-8-3[8].

La Java des Bons-Enfants

En 1974, Jacques Le Glou lui demande d'écrire deux chansons pour son disque à paraître, Pour en finir avec le travail - Chansons du prolétariat révolutionnairecite-ref-angaut202226-9-0[9]cite-ref-roiz-s2022107-10-0[10]. Debord y rédige deux chansons, La Java des Bons Enfants, d'une part, et le Chant des journées de mai, où il reprend la figure de Durruticite-ref-roiz-s2022107-10-1[10]. Il dissimule les deux sous un pseudonyme, pour La Java des Bons Enfants, Debord choisit celui de Raymond Caillemin (1890-1913)cite-ref-angaut202226-9-1[9]cite-ref-roiz-s2022107-10-2[10]. La musique du morceau est faite par Francis Lemmonnier et interprétée par Jacques Marchais, le premier couplet se litcite-ref-corona2014147-11-0[11] :

« Dans la rue des Bons Enfants, On vend tout au plus offrant, Y'avait un commissariat, Et maintenant il n’est plus là, Une explosion fantastique, N’en a pas laissé une brique, On crut qu’c’était Fantômas, Mais c’était la lutte des classes. »

Cette dernière rime, entre Fantômas et lutte des classes, illustre la volonté de Debord de présenter Fantômas comme un personnage politique et révolutionnairecite-ref-12[12].

Postérité

En 1988, la chanson est reprise par le groupe punk les Kamionërs du Suicidecite-ref-roiz-s2022107-10-3[10].

Références

cite-note-11. « La Java des Bons-Enfants », sur Du Temps des cerises aux Feuilles mortes (consulté le 11 avril 2018).
cite-note-22. Laurent Bourdelas, Le Paris de Nestor Burma p. 52
cite-note-jourdain201313-15-33. Jourdain 2013, p. 13-15.
cite-note-ward200426-33-44. Ward 2004, p. 26-33.
cite-note-bouhey2009219-220-55. Bouhey 2009, p. 219-220.
cite-note-bouhey2009285-292-66. Bouhey 2009, p. 285-292.
cite-note-77. mcguinness2009patrick-mcguinness2009Patrick McGuinness, « Mallarmé and the Poetics of Explosion », MLN, vol. 124, no 4,‎ 2009, p. 812 (ISSN 1080-6598, lire en ligne, consulté le 6 mai 2025)
cite-note-angaut202211-21-88. Angaut 2022, p. 11-21.
cite-note-angaut202226-99. Angaut 2022, p. 26.
cite-note-roiz-s2022107-1010. Roizès 2022, p. 107.
cite-note-corona2014147-1111. Corona 2014, p. 147.
cite-note-1212. artiaga2016lo-c-artiaga2016Loïc Artiaga, « Fantômas : être puis avoir été populaire », Revue de la BNF, vol. 52, no 1,‎ 14 septembre 2016, p. 67 (ISSN 1254-7700, DOI 10.3917/rbnf.052.0064, lire en ligne, consulté le 6 mai 2025)

Bibliographie

• angaut2022jean-christophe-angaut2022Jean-Christophe Angaut, Guy Debord et l’anarchisme, Paris, Revue Française d'Histoire des Idées Politiques, 2022 (lire en ligne)
• bouhey2009vivien-bouhey2009Vivien Bouhey, Les Anarchistes contre la République, Rennes, Presses universitaires de Rennes (PUR), 2009 (EAN 9782753507272)
• corona2014ren-corona2014René Corona, Java, qu'est-ce que tu fais encore là ? Lire le poème de la Java., Agon, 2014 (lire en ligne)
• jourdain2013douard-jourdain2013Édouard Jourdain, L'anarchisme, Paris, La Découverte, 2013 (ISBN 978-2-7071-9091-8)
• roiz-s2022philippe-roiz-s2022Philippe Roizès, Punk et autonomie en France: convergences et malentendus entre compagnons de route, Paris, Audimat, 2022 (lire en ligne)
• ward2004colin-ward2004(en) Colin Ward, Anarchism: A Very Short Introduction, Oxford, Oxford University Press (OUP), 2004

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